Mon premier souvenir date du jour où j’ai passé ma tête entre les barreaux de la cage d’escalier. Papa insistait pour dire qu’il n’y avait pas d’autre solution que de me couper la tête.
Je me souviens aussi d’un orage violent aux Buttes-de-Chaumont : de grosses branches tombaient et tout le monde couraient pour se mettre à l’abri.
J’ai connu les grèves de 36. Maman m’emmenait porter la gamelle de midi à papa et on la lui passait à travers les grilles des établissements Gaumont. Je revenais en pleurant parce qu’on avait mis mon papa en prison.
C’est de là que les ouvriers se sont regroupés pour former des syndicats qui, à l’époque, ont été très utiles : les heures de travail, les congés payés… cela nous a permis de prendre le train du dimanche qui emmenait les Parisiens au Tréport. C’était la première fois que je voyais la mer.
Mes parents m’ont aussi emmenée à la Fête de l’Humanité. Cela ne peut pas intéresser une petite fille, une chose pareille. Je n’ai rien retenu (d’ailleurs on me l’a raconté) sauf les chants ; je suis rentrée en chantant : « C’est la Lune au village »
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